dimanche 6 février 2011

ON S’EN VA ... PHOTOGRAPHIES

Rencontre théâtre-photographie autour de la pièce Tôt ou tard, on s’en va... de Dominique Flau-Chambrier

Tôt ou tard...on se rencontre

Dominique Flau-Chambrier - Stéphane Denouette

Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. (Roland BARTHES)

Les rencontres ont ceci de particulier :

c’est qu’elles vous mènent parfois dans

des contrées insoupçonnées, mais que

l’on reconnaît malgré tout, comme ces

musiques enfouies qu’un rif de guitare

fait surgir de votre mémoire, vous

laissant tétanisé, dans une confusion des

sens où l’émotion jaillit, incontrôlable.

La première fois où je vis les

photographies de Stéphane Denouette,

je fus dans l’incapacité de mettre des

mots sur ce que j’éprouvai.

Nous nous étions rencontrés, par

hasard, et par hasard aussi, je lui avais

parlé de mon projet d’écrire une pièce

sur le douloureux sujet qu’est la maladie

d’Alzheimer.

Je lui avais expliqué que mon

intention n’était pas de mettre sur un

plateau les affres de l’abandon et de la

solitude, pas plus que je ne désirais

dégoupiller les grenades de l’effroi et de

l’inéluctable.

Ma pièce s’adressait aussi aux

enfants, et mon désir était de dire que

lorsque le langage se délite, le langage

ordinaire, celui des codes et des repères,

il reste celui du coeur et des sens, de

l’empathie et de la tolérance.

Stéphane m’écoutait, silencieux,

puis il me dit cette toute petite phrase :

“j’ai accompagné ma mère, jour après

jour, sur les pentes vertigineuses de

l’oubli de soi et de l’autre, et j’ai

photographié.”

Je me souviens n’avoir rien répondu.

Sans doute avais-je peur de regarder

en face cette épouvante que j’avais

voulu, moi, n’entrevoir que dans le

discours métaphorique de ma petite

histoire. Comment lui dire que le

langage qu’il avait choisi, ces empreintes

qu’il avait décidé d’engluer dans la

réalité, altérerait les images que j’avais

soigneusement débarrassées de leurs

contours acérés.

Je reçus ses photographies quelques

jours après notre rencontre.

Et si l’idée de “poèmes visuels” me

traversa, elle ne me satisfait pas.

Il y a, dans cette approche de la

déréliction, une telle justesse de ton, une

si éclatante pudeur, une si invincible

force d’amour, qu’on ne peut s’empêcher

de penser que le seul discours qu’on

puisse désormais s’autoriser, est celui du

parler vrai. Non pas en déroulant les

clichés du réalisme, mais en fouillant

dans les méandres de notre imaginaire,

les transparences de la mort, le tissu

soyeux de nos frayeurs, les tremblements

de nos attentes.

Stéphane photographie l’invisible et

le silence.

C’est un homme de théâtre, lui

aussi, qui met en scène son inconscient

pour nous rappeler qu’on est vivants.

DFC

Répétition "Tôt ou tard...on s'en va" Pièce de Dominique Flau-Chambrier Février 2011 Théâtre du Ptit'Ouest Rouen

Tôt ou tard...on se rencontre : Rencontre Photographies et théâtre, Février 2011

mercredi 28 octobre 2009

mercredi 21 octobre 2009

mercredi 23 septembre 2009

dimanche 1 mars 2009

mercredi 18 février 2009

mardi 30 décembre 2008

vendredi 19 décembre 2008

samedi 29 novembre 2008